Coacher ses émotions dès le jardin d'enfants

Le développement personnel cible maintenant aussi enfants et adolescents. Coachs privés, cours viennent combler les lacunes dans cette nouvelle «matière» indispensable.

Après Thalès et Pythagore, Dolto et Krisnamurti. On connaissait les cours de soutien en mathématiques, en allemand ou en physique-chimie, pour l’élève faiblard. Un prof privé, un étudiant, pour renforcer le niveau du petit ou de l’ado. En cette rentrée, on découvre une nouvelle sorte de cours privé, séance de rattrapage, mise à niveau: le coaching émotionnel. Pour devenir plus performant dans la vie. Apprendre à être. Surtout, rattraper le retard accumulé, faute, dit-on, de parents dépassés et d’école inadaptée à cette tâche. Voici quelques suppléants. L’Ecole-Club Migros du canton de Vaud (Lausanne, Vevey, Yverdon) propose aux 12-16 ans, pour 114 francs les deux séances, de donner «Plus de confiance en soi», de venir «découvrir ce que l’on ne nous apprend pas à l’école: être à l’écoute de soi et oser en faire quelque chose». A Lausanne, un cours de yoga invite les enfants dès 3 ans, pour 15 francs les 45 minutes, à venir, entre autres, «acquérir un «savoir être» dans un cadre qui ne se fonde pas sur l’angoisse de l’échec mais l’enthousiasme d’apprendre». Ce dimanche à la salle communale de Plan-les-Ouates se tiendra, à l’initiative de l’association genevoise Cyssole, la première journée du développement personnel pour les enfants et les adolescents – entrée 20 francs, gratuit pour les moins de 16 ans – avec nombre d’ateliers dispensés par coach, sophrologue, éducatrice de la petite enfance, pour redécouvrir l’art d’«être centré pour se concentrer» ou la faculté de «porter son attention sur les sons pour être dans le moment présent grâce au chant». En novembre, ce sera au tour de l’association romande de soutien psychologique Telme (prononcez à l’anglaise Tell me, «dis-moi») d’inviter le public à une conférence et trois ateliers, «une réflexion réaliste pour s’épanouir et réussir sa scolarité, ses études», afin de trouver les «outils concrets pour le développement de la concentration et de la motivation, les habiletés scolaires, l’image de soi, la mémorisation, les émotions».

Prendre soin de soi, apprendre à s’écouter, mieux se gérer. Depuis que l’association romande Ciao (prévention et informations aux ados) a introduit sur son site internet, en novembre l’an dernier, une rubrique «estime de soi» dotée d’un thermomètre interactif mesurant la donnée en question, les clics hebdomadaires ont explosé. Plus de 25% d’augmentation, stable et durable, grâce à cette rubrique «qui marche très bien». Comble de l’ironie pour cette antenne qui bosse avec Addictions Info Suisse, «on a même dû limiter les clics à une fois par jour pour éviter que cela devienne addictif», confie Eva Fernandez, directrice de Ciao. Qui reconnaît le côté séduisant de ces tests dans la culture jeune. «Les jeunes n’ont pas de demandes spécifiques en la matière, c’est plutôt un trend chez les psychologues et autres spécialistes du domaine. D’ailleurs, il a fallu que nous expliquions à nos internautes le concept «estime de soi». Mais l’idée reste qu’en matière de prévention, face aux addictions notamment, il s’agit de lutter en amont, en renforçant les gens, leur personnalité. En leur donnant confiance en leurs propres ressources.»

Anne Dechambre, psychologue et responsable du site Ciao.ch, a vu apparaître cette tendance lorsqu’elle vivait aux Etats-Unis il y a dix-quinze ans. Dans une période d’intense compétition sociale et professionnelle, victimes de burn-out, les adultes ont décidé de mieux se connaître, de s’équilibrer pour faire front. Aujourd’hui, ici, c’est le même courant de pensée face à la pression, cette «peur de ne pas donner le meilleur à son enfant». «Et les parents, culpabilisés, ne peuvent pas tout faire, poursuit la psychologue, ils choisissent donc de laisser à d’autres une part du travail.» Et une part du gâteau?

A l’Ecole-Club Migros Vaud, on a digéré un certain discours et on prouve le bien-fondé de sa solution. Valeria Scheidegger, responsable du secteur loisirs, justifie l’intervention de Migros: «Dans le système actuel, on a de plus en plus de parents qui ne sont pas des parents, des parents qui sont eux-mêmes des enfants, et à l’arrivée des jeunes qui ne sont pas équipés, sans repères, sans règles claires, dans une société plus agressive qu’avant.» L’ancienne responsable du centre de loisirs de Renens d’ajouter: «A l’école, on travaille sur le QI, pas assez sur le QE.» Conclusion, «venir s’enrichir (à la Migros)» qui, «après les cours d’arabe, de chinois, de japonais, s’adapte au monde actuel. Car il est moins difficile d’envisager deux séances Migros que d’aller voir un psy.» CQFD.

Dans sa panoplie déjà riche en clés de solfège et autres clés de judo, manquaient au jeune les clés de la connaissance de soi. Connais-toi toi-même Junior, mais de préférence avec un bon coach. Les mêmes mots reviennent chez tous les spécialistes interviewés: outils, boîte à outils, équipement. Pour «travailler», «apprendre», le catalogue est long (gérer son stress, communiquer auprès de ses parents, ses proches, ses copains, son employeur s’il est apprenti, dire ses émotions, réfléchir sur soi, etc.), on parle même d’«apprendre à vivre» (dixit Serge Pochon, psychologue, directeur de Telme), le jeune doit être bien outillé. La Genevoise Cécile Dufour, 30 ans, fille du docteur Daniel Dufour, inventeur de la méthode OGE (EGO à l’envers) pour «retrouver son autonomie et mieux vivre», organise dimanche la première journée du développement personnel pour les jeunes. Thérapeute elle-même, elle se qualifie d’«accompagnante», refuse toute forme de dépendance (thérapeutique), et dénonce les dérives du genre «10 séances chez le psy, la 11e gratuite», vues dans la profession. En octobre-novembre, elle emmène des enfants et de jeunes ados en stage OGE, par petits groupes d’âge, dans un chalet de montagne, «pour éteindre le p’tit vélo qui tourne dans la tête», «revenir à ses intuitions, à soi». Pas d’outils. Juste leur demander, dit-elle, de quoi ils ont vraiment envie. Leur faire de la place, plutôt que de remplir leur agenda. Les écouter «avant qu’ils n’explosent ou implosent». Grâce à des dégustations de chocolat, des fiestas, sans prise de tête. Et on peut compter sur les gamins pour qu’à la fin du week-end, comme un bulletin de liaison, ils transmettent le message à leurs parents.

  • Article paru dans le Temps le 16 septembre 2011
  • Auteure de l’article : Florence Duarte

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