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Paroles de bêtes

Comment les langues évoluent-elles? Comment les bébés apprennent-ils à parler? Premier volet de notre série d’été: la communication chez les animaux.

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Il y a Hoover le phoque et son accent du Maine, Koshik l’éléphant coréanophone, les dauphins qui déclinent leur identité en sifflant et la grammaire subtile de petits singes ivoiriens. Si aucune autre espèce ne semble avoir un langage aussi sophistiqué que le nôtre, certaines facultés se retrouvent à des endroits surprenants du règne animal.

 

Il existe toutes sortes de formes de communication: vocalisations, signaux visuels, olfactifs ou encore vibratoires. Les grands singes et les grands corbeaux utilisent des gestes. C’est aussi le cas du mérou. Comme l’ont récemment mis en évidence les travaux de Redouan Bshary, directeur du Laboratoire d’éco-éthologie de l’Université de Neuchâtel, le poisson se met à la verticale au-dessus d’une proie en secouant la tête pour signaler sa présence à ses partenaires de chasse. Les abeilles, elles, pratiquent une sorte de danse pour indiquer à leurs ­congénères l’emplacement d’une source de nourriture par rapport à la direction du soleil.

«Je ne sais pas si on peut appeler ça un langage, cela dépend de comment on définit le terme, relève le primatologue Klaus Zuberbühler, aussi à Neuchâtel. A mon avis, ce qui a plus de sens, c’est de comparer notre langage aux autres formes de communication animale pour voir ce qui se ressemble et ce qui diffère.» Cela nous permet d’essayer de comprendre comment notre langage est apparu. C’est terriblement anthropocentrique mais on dira à notre décharge que c’est humain. Et aussi, qu’il n’existe pas beaucoup d’autres manières d’étudier la question.

Notre langage nécessite tout un bloc de capacités différentes, que Klaus Zuberbühler rassemble dans trois grandes catégories: le contrôle vocal, l’extraction d’une signification et la prise en compte de l’audience. «On retrouve ces caractéristiques chez d’autres espèces, mais aucune ne semble les avoir toutes en même temps.»

La variété des sons que nous produisons et combinons requiert une grande maîtrise de tout l’appareil vocal: lèvres, langue, mâchoire, canal vocal, etc. Les singes, par exemple, ne sont pas très doués pour ce genre d’exercices. Ils naissent en quelque sorte avec un vocabulaire de base et doivent ensuite se débrouiller avec, parce qu’ils ne sont pas vraiment capables d’apprendre de nouveaux sons. D’autres animaux font preuve de beaucoup plus de capacités d’imitation. Comme le petit phoque orphelin Hoover, recueilli et élevé par des pêcheurs du Maine, qui pouvait prononcer quelques phrases («sortez tous d’ici!», «bien le bonjour!») avec un fort accent de la Nouvelle-Angleterre. Koshik, un éléphant d’un zoo sud-coréen, est lui capable de dire «bonjour», «non», «assieds-toi», «couche-toi» et «bien» en coréen. Il module les sons en plaçant l’extrémité de sa trompe dans sa bouche.

Au niveau de l’espèce, c’est chez les mammifères marins et les oiseaux que l’on trouve les plus grands virtuoses. «Les dauphins sont capables de produire des vocalisations très complexes, explique Redouan Bshary. Chacun en a une spécifique, qui le représente comme si c’était son nom. Lorsque la visibilité dans l’eau est basse, cela leur permet de savoir qui est où. Ils peuvent aussi reproduire la «signature» d’un partenaire pour l’appeler.»

Les oiseaux sont aussi de fins imitateurs, notamment des autres espèces. Si le perroquet est connu pour sa capacité à répéter des phrases humaines, l’étourneau, par exemple, sait reproduire le chant du loriot. Les volatiles déploient l’étendue de leur talent pour séduire les femelles en surclassant les autres prétendants, explique Alexandre Roulin, de l’Université de Lausanne. La complexité du chant d’un individu dépendra de la complexité des sons auxquels il a été exposé étant petit. «Dans la forêt, tout le monde s’écoute, souligne le spécialiste des chouettes. Les oiseaux se coupent la parole, c’est un signe de dominance, comme chez nous. Souvent, la partie la plus importante du chant arrive à la fin et ils font exprès d’interrompre les autres à ce moment-là.»

On ne sait à l’heure actuelle pas donner d’autre sens à ces vocalises que «je suis le plus fort». Plusieurs espèces de singes ont en revanche des sortes de «mots» pour désigner leurs prédateurs ancestraux (LT du 14.09.2012). Chez le mone de Campbell, «krak» veut dire «léopard» et «hok», «aigle». Mais l’animal utilise aussi des suffixes. Ainsi «krakou» veut dire «danger au sol» et «hokou», «danger dans les airs». Il peut aussi combiner plusieurs sons pour former un nouveau message. Il dit «boum-boum» pour sonner le rassemblement mais «boum-boum-krakou-hokou-krakou» pour annoncer l’arrivée d’un autre groupe de singes. Même si tous les linguistes ne sont pas d’accord, certains scientifiques estiment qu’on a là un embryon de syntaxe.

Reste la prise en compte de l’audience. Chez les petits de la chouette effraie, Alexandre Roulin observe de réelles négociations pour savoir qui mangera la prochaine proie rapportée par les parents. «Ils s’écoutent les uns les autres, s’épient, mémorisent pendant au moins 30 minutes ce qui s’est passé, qui a eu le dessus la dernière fois, explique-t-il. Ceci afin d’ajuster leur niveau de compétition en fonction des chances qu’ils ont de l’emporter.» Klaus Zuberbühler cite un exemple chez le chimpanzé. «Lorsqu’il est attaqué, il crie. Le niveau de ses cris reflète la virulence de l’attaque. Mais lorsqu’il y a un mâle de haut rang dans les parages, susceptible de lui venir en aide, il exagère pour qu’on vienne à son secours.»

A son avis, on touche là à quelque chose qui est beaucoup plus proche du langage humain: «Les abeilles font leur danse même s’il n’y a personne pour les regarder. Nous, nous parlons pour informer les autres, en ayant conscience de ce qui peut être intéressant pour eux. Nous partageons une vision du monde similaire. Si vous n’avez pas ce lien, cette connexion, il y a moins de raisons de communiquer. C’est pourquoi un chimpanzé mène probablement au quotidien une existence beaucoup plus isolée que la nôtre.» Pour lui, c’est cet aspect profondément social de l’espèce humaine qui a favorisé l’apparition d’une forme de langage aussi sophistiquée que la nôtre.

  • Article paru dans le temps le 09 juillet 2013
  • Auteure de l’article Lucia Sillig

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