Quand le langage ne vient pas aux enfants

Certains enfants rencontrent des difficultés pour apprendre à parler, alors qu’ils ont une intelligence dans la norme. L’origine de ces «troubles spécifiques du langage» demeure en partie mystérieuse. Découvrez le quatrième épisode de notre série sur les mystères du langage.

fascination langage4

Apprendre à parler, quoi de plus naturel pour un enfant? Cet apprentissage peut pourtant poser problème. Certains enfants ont en effet du mal à s’exprimer correctement et à bien comprendre les paroles des autres, malgré une intelligence normale. Ils sont aussi souvent embarrassés lorsqu’ils apprennent à lire et à écrire. Les spécialistes désignent leurs difficultés sous le terme de «troubles spécifiques du langage», ou «dysphasie». Une affection mal connue du grand public, bien qu’elle soit assez courante.

Les troubles spécifiques du ­langage se définissent chez les enfants par des performances langagières inférieures à celles attendues pour leur âge. «Mais il faut garder en tête qu’il existe un continuum entre les enfants chez qui l’apprentissage du langage pose beaucoup de problèmes et ceux chez qui il est très facile. Il est forcément arbitraire de fixer un seuil à partir duquel ces troubles doivent être pris en charge», explique Pascal Zesiger, responsable de l’équipe «Acquisition et troubles du langage» à l’Université de Genève.

Ainsi, selon les critères utilisés pour repérer les difficultés chez les enfants, les études évaluent la prévalence de ces troubles entre 1,5 et 7,5% de la population. «On estime en général qu’un enfant par classe est concerné, ce qui est tout de même une proportion importante», indique le psychologue. Les garçons rencontrent ce type de problème en moyenne trois plus souvent que les filles.

Les troubles du langage peuvent démarrer très tôt. Ainsi, environ 15% des enfants âgés de 2 ans connaissent moins de 50 mots différents, et sont par conséquent considérés comme ayant un retard de langage. La moitié d’entre eux va rattraper son retard au cours des deux années suivantes, mais pas l’autre moitié. Lorsque les difficultés persistent, elles peuvent soit être liées à une dysphasie, soit être le signe d’un trouble du développement moins spécifique, en particulier de l’autisme. Certains enfants commencent pour leur part à présenter des difficultés de langage tardivement, vers 4 ou 5 ans.

Lorsqu’ils arrivent à l’âge de l’école, les enfants atteints de troubles du langage ne maîtrisent toujours pas bien l’expression orale. «A 7 ou 8 ans, ces enfants vont classiquement s’exprimer comme des petits de 3 ans, c’est-à-dire par des phrases courtes, dans lesquelles ils accolent les mots les uns aux autres sans prendre en compte ni les accords ni la conjugaison», illustre Dorothy Bishop, psychologue à l’Université britannique d’Oxford, qui étudie ces troubles depuis les années 1970. Ces enfants peuvent en fait présenter différents types de difficultés: certains ont davantage de ­problèmes pour comprendre les autres que pour s’exprimer eux-mêmes, ou l’inverse; d’autres vont buter en particulier sur la grammaire, le vocabulaire, ou encore sur l’utilisation des verbes. «Les troubles du langage peuvent être très hétérogènes d’un enfant à un autre», insiste Pascal Zesiger.

Sans surprise, les enfants touchés ont plus souvent que les autres des difficultés pour apprendre à lire et à écrire. Environ la moitié d’entre eux aura ainsi des troubles de l’apprentissage écrit, comme la dyslexie. En grandissant, la plupart apprennent à compenser leurs difficultés à l’oral. Mais des suivis de cohortes d’enfants présentant des troubles spécifiques du langage à 4 ans ont montré qu’ils avaient souvent des problèmes scolaires par la suite, et qu’ils effectuaient rarement des études supérieures. «Certaines personnes conservent des faiblesses de langage tout au long de leur vie», affirme Dorothy Bishop.

Quant à savoir pourquoi certains enfants font l’expérience de ces troubles, cela reste en partie un mystère. «On a d’abord incriminé les parents, accusés de ne pas parler suffisamment à leur enfant, mais aujourd’hui les spécialistes considèrent que le problème a d’abord une origine génétique», explique Dorothy Bi­shop. Des études menées chez des jumeaux ont ainsi montré que lorsque l’un d’entre eux avait ce type de troubles, l’autre avait de forts risques d’en souffrir également.

Cependant, ces difficultés ne sont probablement pas liées à un unique gène. «On estime plutôt qu’il s’agit d’une affection génétique complexe, reposant sur toute une série de mutations, comme ce qui se passe notamment dans le diabète», indique la psychologue britannique. Des études ont également porté sur le fonctionnement cérébral des enfants ayant des troubles du langage. Si certaines variations dans l’organisation de leur cerveau ont pu être observées, elles ne sont pas assez explicites pour permettre, par exemple, d’utiliser l’imagerie comme outil diagnostique.

Le dépistage des troubles du langage représente pourtant un enjeu important. «Plus un enfant est pris en charge rapidement, plus il y a de chances pour que ses difficultés passent inaperçues par la suite», affirme Pascal Zesiger. La logopédie permet en effet bien souvent de venir en aide aux enfants concernés. Le logopédiste va identifier les problèmes spécifiques de chaque enfant et lui proposer des exercices adaptés.

«Cependant, même avec cette prise en charge, la plupart des enfants concernés ne pourront au mieux que rejoindre la moyenne de leurs camarades», met en garde le psychologue de l’Université de Genève. D’où l’importance, pour Dorothy Bishop, de repérer dans quel autre domaine ces enfants sont bons – sport, musique, mathématiques par exemple – afin de valoriser au mieux leurs compétences.

  • Article paru dans le temps le 30 juillet 2013
  • Auteure de l’article Pascaline Minet

 bt nouscontacter

International Coach Federation

belbin

logo hbdi

logo hbdi

logo pnl